mardi 12 juin 2018

Le « progressisme » : un optimisme niais (suite et fin)


Seconde et dernière partie.
La partie 1 est ICI 



Rappel : Les parties en gris sont des extraits de la propagande spirite.



Avant d’achever cette discussion, nous tenons à citer encore quelques passages empruntés à des écrivains qui jouissent parmi les spirites d’une autorité incontestée ; et, tout d’abord, M. Léon Denis parle à peu près comme Allan Kardec :


« Il s’agit de travailler avec ardeur à notre avancement. Le but suprême est la perfection ; la route qui y conduit, c’est le progrès. Cette route est longue et se parcourt pas à pas. Le but lointain semble reculer à mesure qu’on avance, mais, à chaque étape franchie, l’être recueille le fruit de ses peines ; il enrichit son expérience et développe ses facultés… Il n’y a entre les âmes que des différences de degrés, différences qu’il leur est loisible de combler dans l’avenir » (1).

1 – Après la mort, pp. 167-168.


Jusque là, il n’y a rien de nouveau ; mais le même auteur, sur ce qu’il appelle l’ « évolution périspritale », apporte quelques précisions qui sont visiblement inspirées de certaines théories scientifiques, ou pseudo-scientifiques, dont le succès est un des signes les plus indéniables de la faiblesse intellectuelle de nos contemporains :

« Les rapports séculaires des hommes et des esprits (1), confirmés, expliqués par les expériences récentes du spiritisme, démontrent la survivance de l’être sous une forme fluidique plus parfaite. Cette forme indestructible, compagne et servante de l’âme, témoin de ses luttes et de ses souffrances, participe à ses pérégrinations, s’élève et se purifié avec elle. Formé dans les régions inférieures, l’être périsprital gravit lentement l’échelle des existences. Ce n’est d’abord qu’un être rudimentaire, une ébauche incomplète.
Parvenu à l’humanité, il commence à refléter des sentiments plus élevés ; l’esprit rayonne avec plus de puissance, et le périsprit s’éclaire de nouvelles lueurs. De vies en vies, à mesure que les facultés s’étendent, que les aspirations s’épurent, que le champ des connaissances s’agrandit, il s’enrichit de sens nouveaux. Chaque fois qu’une incarnation s’achève, comme un papillon s’élance de sa chrysalide, le corps spirituel se dégage de ses haillons de chair. L’âme se retrouve, entière et libre, et, en considérant ce manteau fluidique qui la recouvre, dans son aspect splendide ou misérable, elle constate son propre avancement » (2).

Voilà ce qu’on peut appeler du « transformisme psychique » ; et certains spirites, sinon tous, y joignent la croyance au transformisme entendu dans son sens le plus ordinaire, encore que cette croyance ne se concilie guère avec la théorie enseignée par Allan Kardec, d’après qui « les germes de tous les êtres vivants, contenus dans la terre, y restèrent à l’état latent et inerte jusqu’au moment propice pour l’éclosion de chaque espèce » (3). 

1 – L’auteur vient de citer, comme exemples de médiums « en rapports avec les hautes personnalités de l’espace » (sic), « les vestales romaines, les sibylles grecques, les druidesses de l’île de Sein »,… et Jeanne d’Arc !
2 – Après la mort, pp. 229-230.
3 – Le Livre des Esprits, p. 18.

Quoi qu’il en soit, M. Gabriel Delanne, qui veut être le plus « scientifique » des spirites kardécistes, admet entièrement les théories transformistes ; mais il entend compléter l’ « évolution corporelle » par l’ « évolution animique » : 

« C’est le même principe immortel qui anime toutes les créatures vivantes. D’abord ne se manifestant que sous des modes élémentaires dans les derniers étages de la vie, il va petit à petit en se perfectionnant, à mesure qu’il s’élève sur l’échelle des êtres ; il développe, dans sa longue évolution, les facultés qui étaient renfermées en lui à l’état de germes, et les manifeste d’une manière plus ou moins analogue à la nôtre, à mesure qu’il se rapproche de l’humanité…
Nous ne pouvons concevoir, en effet, pourquoi Dieu créerait des êtres sensibles à la souffrance, sans leur accorder en même temps la faculté de bénéficier des efforts qu’ils font pour s’améliorer. Si le principe intelligent qui les anime était condamné à occuper éternellement cette position inférieure, Dieu ne serait pas juste en favorisant l’homme aux dépens des autres créatures. Mais la raison nous dit qu’il ne saurait en être ainsi, et l’observation démontre qu’il y a identité substantielle entre l’âme des bêtes et la nôtre, que tout s’enchaîne et se lie étroitement dans l’Univers, depuis l’infime atome jusqu’au gigantesque soleil perdu dans la nuit de l’espace, depuis la monère jusqu’à l’esprit supérieur qui plane dans les régions sereines de l’erraticité » (1).

1 – L’Evolution animique, pp. 102-103.

L’appel à la justice divine était ici inévitable ; nous disions plus haut qu’il serait absurde de se demander pourquoi telle espèce animale n’est pas l’égale de telle autre, mais il faut croire pourtant que cette inégalité, ou plutôt cette diversité, heurte la sentimentalité des spirites presque autant que celle des conditions humaines ; le « moralisme » est vraiment une chose admirable !

Ce qui est bien curieux aussi, c’est la page suivante, que nous reproduisons intégralement pour montrer jusqu’où peut aller, chez les spirites, l’esprit « scientiste », avec son accompagnement habituel, une haine féroce pour tout ce qui a un caractère religieux ou traditionnel :

« Comment s’est accomplie cette genèse de l’âme, par quelles métamorphoses a passé le principe intelligent avant d’arriver à l’humanité ? C’est ce que le transformisme nous enseigne avec une lumineuse évidence.
Grâce au génie de Lamarck, de Darwin, de Wallace, d’Hæckel et de toute une armée de savants naturalistes, notre passé a été exhumé des entrailles du sol. Les archives de la terre ont conservé les ossements des races disparues, et la science a reconstitué notre lignée ascendante, depuis l’époque actuelle, jusqu’aux périodes mille fois séculaires où la vie est apparue sur notre globe. L’esprit humain, affranchi des liens d’une religion ignorante, a pris son libre essor, et, dégagé des craintes superstitieuses qui entravaient les recherches de nos pères, il a osé aborder le problème de nos origines et en a trouvé la solution. C’est là un fait capital dont les conséquences morales et philosophiques sont incalculables. La terre n’est plus ce monde mystérieux que la baguette d’un enchanteur fait éclore un jour, tout peuplé d’animaux et de plantes, prêt à recevoir l’homme qui en sera le roi ; la raison éclairée nous fait comprendre, aujourd’hui, combien ces fables témoignent d’ignorance et d’orgueil ! L’homme n’est pas un ange déchu, pleurant un imaginaire Paradis perdu, il ne doit pas se courber servilement sous la férule du représentant d’un Dieu partial, capricieux et vindicatif, il n’a aucun péché originel qui le souille dès sa naissance, et son sort ne dépend pas d’autrui. Le jour de la délivrance intellectuelle est arrivé ; l’heure de la rénovation a sonné pour tous les êtres que courbait encore sous son joug le despotisme de la peur et du dogme. Le spiritisme a éclairé de son flambeau notre avenir, se déroulant dans les cieux infinis ; nous sentons palpiter l’âme de nos sœurs, les autres humanités célestes ; nous remontons dans les épaisses ténèbres du passé pour étudier notre jeunesse spirituelle, et, nulle part, nous ne rencontrons ce tyran fantasque et terrible dont la Bible nous fait une si épouvantable description. Dans toute la création, rien d’arbitraire ou d’illogique ne vient détruire l’harmonie grandiose des lois éternelles » (1).

1 – L’Evolution animique, pp. 107-108.

Ces déclamations, tout à fait semblables à celles de M. Camille Flammarion, ont pour principal intérêt de faire ressortir les affinités du spiritisme avec tout ce qu’il y a de plus détestable dans la pensée moderne ; les spirites, craignant sans doute de ne jamais paraître assez « éclairés », renchérissent encore sur les exagérations des savants, ou soi-disant tels, dont ils voudraient bien se concilier les faveurs, et ils témoignent d’une confiance sans bornes à l’égard des hypothèses les plus hasardeuses :

« Si la doctrine évolutionniste a rencontré tant d’adversaires, c’est que le préjugé religieux a laissé des traces profondes dans les esprits, naturellement rebelles, d’ailleurs, à toute nouveauté… La théorie transformiste nous a fait comprendre que les animaux actuels ne sont que les derniers produits d’une longue élaboration de formes transitoires, lesquelles ont disparu au cours des âges, pour ne laisser subsister que ceux qui existent actuellement. Les découvertes de la paléontologie font chaque jour découvrir les ossements des animaux préhistoriques, qui forment les anneaux de cette chaîne sans fin, dont l’origine se confond avec celle de la vie. Et comme s’il ne suffisait pas de montrer cette filiation par les fossiles, la nature s’est chargée de nous en fournir un exemple frappant, à la naissance de chaque être. Tout animal qui vient au monde reproduit, dans les premiers temps de sa vie fœtale, tous les types antérieurs par lesquels la race a passé avant d’arriver à lui. C’est une histoire sommaire et résumée de l’évolution de ses ancêtres, elle établit irrévocablement la parenté animale de l’homme, en dépit de toutes les protestations plus ou moins intéressées… La descendance animale de l’homme s’impose avec une lumineuse évidence à tout penseur sans parti pris » (1). Et, naturellement, nous voyons apparaître ensuite cette autre hypothèse qui assimile les hommes primitifs aux sauvages actuels : « L’âme humaine ne saurait faire exception à cette loi générale et absolue (de l’évolution) ; nous constatons sur la terre qu’elle passe par des phases qui embrassent les manifestations les plus diverses, depuis les humbles et chétives conceptions de l’état sauvage, jusqu’aux magnifiques efflorescences du génie dans les nations civilisées » (2).

1 – L’Evolution animique, pp. 113-115.
2 – L’Evolution animique, p. 117.

Mais voilà de suffisants échantillons de cette mentalité « primaire » ; ce que nous voulons en retenir surtout, c’est l’affirmation de l’étroite solidarité qui existe, qu’on le veuille ou non, entre toutes les formes de l’évolutionnisme.
(...)

Quoi qu’il en soit, il n’y a pas d’autre intérêt en jeu là-dedans que celui de la vérité ; ceux qui parlent de « protestations intéressées » prêtent probablement à leurs adversaires leurs propres préoccupations, qui relèvent surtout de ce sentimentalisme à masque rationnel auquel nous avons fait allusion, et qui ne sont même pas indépendantes de certaines machinations politiques de l’ordre le plus bas, auxquelles beaucoup d’entre eux, d’ailleurs, peuvent se prêter d’une façon fort inconsciente. 

Aujourd’hui, le transformisme paraît avoir fait son temps, et il a déjà perdu bien du terrain, au moins dans les milieux scientifiques un peu sérieux ; mais il peut encore continuer à contaminer l’esprit des masses, à moins qu’il ne se trouve quelque autre machine de guerre qui soit capable de le remplacer ; nous ne croyons point, en effet, que les théories de ce genre se répandent spontanément, ni que ceux qui se chargent de les propager obéissent en cela à des préoccupations d’ordre intellectuel, car ils y mettent trop de passion et d’animosité.
(...)

Mais le plus singulier, c’est ceci : pour ceux qui, étant évolutionnistes d’une façon ou d’une autre, placent toute réalité dans le devenir, la soi-disant éternité temporelle, qui se compose de durées successives, et qui est donc divisible, semble se partager en deux moitiés, l’une passée et l’autre future. 
Voici, à titre d’exemple (et l’on pourrait en donner bien d’autres), un curieux passage que nous tirons d’un ouvrage astronomique de M. Flammarion :

« Si les mondes mouraient pour toujours, si les soleils une fois éteints ne se rallumaient plus, il est probable qu’il n’y aurait plus d’étoiles au ciel. Et pourquoi ? Parce que la création est si ancienne, que nous pouvons la considérer comme éternelle dans le passé. Depuis l’époque de leur formation, les innombrables soleils de l’espace ont eu largement le temps de s’éteindre. Relativement à l’éternité passée (sic), il n’y a que les nouveaux soleils qui brillent. Les premiers sont éteints. L’idée de succession s’impose donc d’elle-même à notre esprit.
Quelle que soit la croyance intime que chacun de nous ait acquise dans sa conscience sur la nature de l’Univers, il est impossible d’admettre l’ancienne théorie d’une création faite une fois pour toutes. L’idée de Dieu n’est-elle pas, elle-même, synonyme de l’idée de Créateur ? Aussitôt que Dieu existe, il crée ; s’il n’avait créé qu’une fois, il n’y aurait plus de soleils dans l’immensité, ni de planètes puisant autour d’eux la lumière, la chaleur, l’électricité et la vie. Il faut, de toute nécessité, que la création soit perpétuelle. Et, si Dieu n’existait pas, l’ancienneté, l’éternité de l’Univers s’imposerait avec plus de force encore » (1).

Il est presque superflu d’attirer l’attention sur la quantité de pures hypothèses qui sont accumulées dans ces quelques lignes, et qui ne sont même pas très cohérentes : il faut qu’il y ait de nouveaux soleils parce que les premiers sont éteints, mais les nouveaux ne sont que les anciens qui se sont rallumés ; il faut croire que les possibilités sont vite épuisées ; et que dire de cette « ancienneté » qui équivaut approximativement à l’éternité ? 
Il serait tout aussi logique de faire un raisonnement de ce genre : si les hommes une fois morts ne se réincarnaient pas, il est probable qu’il n’y en aurait plus sur la terre, car, depuis qu’il y en a, ils ont eu « largement le temps » de mourir tous ; voilà un argument que nous offrons très volontiers aux réincarnationnistes, dont il ne fortifiera guère la thèse. 
Le mot d’ « évolution » n’est pas dans le passage que nous venons de citer, mais c’est évidemment cette conception, exclusivement basée sur l’ « idée de succession », qui doit remplacer « l’ancienne théorie d’une création faite une fois pour toutes », déclarée impossible en vertu d’une simple « croyance » (le mot y est). Du reste, pour l’auteur, Dieu lui-même est soumis à la succession ou au temps ; la création est un acte temporel : « aussitôt que Dieu existe, il crée » ; c’est donc qu’il a un commencement, et probablement doit-il aussi être situé dans l’espace, prétendu infini.

1 – Astronomie populaire, pp. 380-381.

Dire que « l’idée de Dieu est synonyme de l’idée de Créateur », c’est émettre une affirmation plus que contestable : osera-t-on soutenir que tous les peuples qui n’ont pas l’idée de création, c’est-à-dire en somme tous ceux dont les conceptions ne sont point de source judaïque, n’ont par là même aucune idée qui corresponde à celle de la Divinité ? 
C’est manifestement absurde ; et que l’on remarque bien que, quand il s’agit ici de création, ce qui est ainsi désigné n’est jamais que le monde corporel, c’est-à-dire le contenu de l’espace que l’astronome a la possibilité d’explorer avec son télescope ; l’Univers est vraiment bien petit pour ces gens qui mettent l’infini et l’éternité partout où il ne saurait en être question !

S’il a fallu toute l’ « éternité passée » pour arriver à produire le monde corporel tel que nous le voyons aujourd’hui, avec des êtres comme les individus humains pour représenter la plus haute expression de la « vie universelle et éternelle », il faut convenir que c’est là un piteux résultat (1) ; et, assurément, ce ne sera pas trop de toute l’ « éternité future » pour parvenir à la « perfection », si relative pourtant, dont rêvent nos évolutionnistes.

Cela nous rappelle la bizarre théorie de nous ne savons plus trop quel philosophe contemporain (si nos souvenirs sont exacts, ce doit être Guyau), qui se représentait la seconde « moitié de l’éternité » comme devant se passer à réparer les erreurs accumulées pendant la première moitié ; et voilà les « penseurs » qui se croient « éclairés », et qui se permettent de tourner en dérision les conceptions religieuses ! 
Les évolutionnistes, disions-nous tout à l’heure, placent toute réalité dans le devenir ; c’est pourquoi leur conception est la négation complète de la métaphysique, celle-ci ayant essentiellement pour domaine ce qui est permanent et immuable, c’est-à-dire ce dont l’affirmation est incompatible avec l’évolutionnisme.

1 – Mlle Marguerite Wolff, dont nous avons déjà parlé, assurait que « Dieu s’était trompé en créant le monde, parce que c’était la première fois et qu’il manquait d’expérience » ; et elle ajoutait que, « s’il avait à recommencer, il ferait certainement beaucoup mieux » !

L’idée même de Dieu, dans ces conditions, doit être soumise au devenir comme tout le reste, et c’est là, en effet, la pensée plus ou moins avouée, sinon de tous les évolutionnistes, du moins de ceux qui veulent être conséquents avec eux-mêmes.
Cette idée d’un Dieu qui évolue (et qui, ayant commencé dans le monde, ou tout au moins avec le monde, ne saurait en être le principe, et ne représente ainsi qu’une hypothèse parfaitement inutile) n’est point exceptionnelle à notre époque ; elle se rencontre, non seulement chez des philosophes du genre de Renan, mais aussi dans quelques sectes plus ou moins étranges dont les débuts, naturellement, ne remontent pas au delà du siècle dernier.

Voici, par exemple, ce que les Mormons enseignent au sujet de leur Dieu :

« Son origine fut la fusion de deux particules de matière élémentaire, et, par un développement progressif, il atteignit la forme humaine… Dieu, cela va sans dire (sic), a commencé par être un homme, et, par une voie de continuelle progression, il est devenu ce qu’il est, et il peut continuer à progresser de la même manière éternellement et indéfiniment. L’homme, de même, peut croître en connaissance et en pouvoir, aussi loin qu’il lui plaira. Si donc l’homme est doué d’une progression éternelle, il viendra certainement un temps où il saura autant que Dieu en sait maintenant » (1).

Et encore : « Le plus faible enfant de Dieu qui existe maintenant sur la terre, possédera en son temps plus de domination, de sujets, de puissance et de gloire que n’en possède aujourd’hui Jésus-Christ ou son Père, tandis que le pouvoir et l’élévation de ceux-ci se seront accrus dans la même proportion » (2). 

1 – L’Etoile Millénaire, organe du président Brigham Young, 1852.
2 – Extrait d’un sermon de Joseph Smith, fondateur du Mormonisme.

Ces absurdités ne sont pas plus fortes que celles qu’on trouve dans le spiritisme, dont nous ne nous sommes éloigné qu’en apparence, et parce qu’il est bon de signaler certains rapprochements : la « progression éternelle » de l’homme, dont il vient d’être question, est parfaitement identique à la conception des spirites sur le même sujet ; et, quant à l’évolution de la Divinité, si tous n’en sont pas là, c’est pourtant un aboutissement logique de leurs théories, et il en est effectivement quelques-uns qui ne reculent pas devant de semblables conséquences, qui les proclament même d’une façon aussi explicite qu’extravagante.

C’est ainsi que M. Jean Béziat, chef de la secte « fraterniste », a écrit il y a quelques années un article destiné à démontrer que « Dieu est en perpétuelle évolution », et auquel il a donné ce titre : 
« Dieu n’est pas immuable ; Satan, c’est Dieu-Hier » ; on en aura une idée suffisante par ces quelques extraits : 
« Dieu ne nous paraît pas tout-puissant dans le moment considéré, puisqu’il y a la lutte du mal et du bien, et non bien absolu… 
De même que le froid n’est qu’un degré moindre de chaleur, le mal n’est, lui aussi, qu’un degré moindre de bien ; et le diable ou mal qu’un degré moindre de Dieu. Il est impossible de rétorquer cette argumentation. Il n’y a donc que vibrations caloriques, que vibrations bénéfiques ou divines plus ou moins actives, tout simplement. Dieu est l’Intention évolutive en incessante montée. N’en résulte-t-il pas que Dieu était hier moins avancé que Dieu-Aujourd’hui, et Dieu-Aujourd’hui moins avancé que Dieu-Demain ? Ceux qui sont sortis du sein divin hier sont donc moins divins que ceux sortis du sein du Dieu actuel, et ainsi de suite. Les issus de Dieu-Hier sont moins bons naturellement que ceux émanés du Dieu-Moment, et c’est par illusion, tout simplement, que l’on nomme Satan ce qui n’est encore que Dieu, mais seulement Dieu-Passé et non Dieu-Actuel » (1).

1 – Le Fraterniste, 27 mars 1914.

De pareilles élucubrations, assurément, ne méritent pas qu’on s’attache à les réfuter en détail ; mais il convient de souligner leur point de départ spécifiquement « moraliste », puisqu’il n’est question là-dedans que de bien et de mal, et aussi de faire remarquer que M. Béziat argumente contre une conception de Satan comme littéralement opposé à Dieu, qui n’est autre chose que le « dualisme » que l’on attribue d’ordinaire, et peut-être à tort, aux Manichéens ; en tout cas, c’est tout à fait gratuitement qu’il prête cette conception à d’autres, à qui elle est totalement étrangère.

Ceci nous conduit directement à la question du satanisme, question aussi délicate que complexe, qui est encore de celles que nous ne prétendons pas traiter complètement ici, mais dont nous ne pouvons cependant nous dispenser d’indiquer au moins quelques aspects, bien que ce soit pour nous une tâche fort peu agréable.



Le chapitre suivant du livre est disponible ICI (partie 1) et LA (partie 2)

Source : http://www.lelibrepenseur.org/wp-content/uploads/2012/09/Guenon_Rene_-_L_erreur_spirite.pdf

CHAPITRE IX : L’ÉVOLUTIONNISME SPIRITE

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