lundi 17 septembre 2018

Les Mystères kabiriques, les sept Dormants, la sourate « al-Kahf », le Mahdî et ses Vizirs. Partie 1


Voici des extraits du livre « Le maître de l’Or » de Charles-André Gilis, chapitre VIII « Les Mystères kabiriques »

Le livre est disponible à l'achat ici : 


Cette première partie traitera plus particulièrement des Mystères eux-mêmes, et établira les liens avec le « feu souterrain », la métallurgie et les« gardiens des trésors cachés » ;  la seconde partie s’appliquera à montrer le rapport avec les sept Dormants et la sourate de la Caverne, tout en apportant des précisions capitales le Mahdî et ses Vizirs.


Temple des 8 Kabires sur l'île de Samothrace en Grèce



Partie 1 : Les Mystères kabiriques

A plusieurs occasions, René Guénon a mentionné dans son œuvre une voie initiatique apparentée à l’hermétisme, celle des Kabires, qui repose, tout comme l’alchimie, sur un symbolisme métallurgique.

Dans son texte sur Les pierres de foudre (2), il écrit :
« Les foudres de Jupiter sont forgées par Vulcain, ce qui établit un certain rapport entre le « feu céleste » et le « feu souterrain », rapport qui n’est pas indiqué dans les cas où il s’agit d’armes de pierre : le « feu souterrain », en effet, était en relation directe avec le symbolisme métallurgique, spécialement dans les mystères kabiriques ; Vulcain forge aussi les armes des héros. »

1 – [Publié dans Vers la Tradition, n°80, juin-juillet-aout 2000.]
2- Chapitre XXV des Symboles fondamentaux.

Au chapitre XXII du Règne de la Quantité, intitulé « Signification de la métallurgie », il apporte, avec sa maîtrise habituelle, une série de précisions et de nuances qui fournissent comme le « fil d’Ariane » permettant d’aborder une question dont il indique lui-même la complexité.

D’un côté :
« (...) le métier [de forgeron] s’associe (...) souvent avec la pratique d’une magie inférieure et dangereuse, dégénérée finalement, dans la plupart des cas, en sorcellerie pure et simple. Pourtant, d’un autre côté, la métallurgie, dans certaines formes traditionnelles, a été au contraire particulièrement exaltée et a même servi de base à des organisations initiatiques fort importantes ; nous nous contenterons de citer à cet égard l’exemple des Mystères kabiriques, sans pouvoir d’ailleurs insister ici sur ce sujet très complexe et qui nous entraînerait beaucoup trop loin ; ce qu’il faut en retenir pour le moment, c’est que la métallurgie a à la fois un aspect « sacré » et un aspect « exécré », et, au fond, ces deux aspects procèdent d’un double symbolisme inhérent aux métaux eux-mêmes. »

Ce que René Guénon explique ainsi :
« (...) les métaux, en raison de leurs correspondances astrales, sont en quelque sorte les « planètes du monde inférieur » ; ils doivent donc naturellement avoir, comme les planètes elles-mêmes dont ils reçoivent et condensent pour ainsi dire les influences dans le milieu terrestre, un aspect « bénéfique » et un aspect « maléfique ». »

Le côté maléfique, qui peut « facilement devenir prédominant » tient à la relation de la métallurgie « avec le « feu souterrain », dont l’idée s’associe sous bien des rapports à celle du « monde infernal ». » C’est cette association qui explique précisément le côté « sinistre » du métier de forgeron.


De plus, comme nous l’avons déjà rappelé (3) :
« [Les] « entités », qui représentent les influences inférieures (...), et qui sont considérées comme menant actuellement une existence « souterraine », sont décrites à la fois comme des géants et comme des nains, ce qui (...) les identifie, tout au moins sous un certain rapport, aux « gardiens des trésors cachés » et aux forgerons du « feu souterrain », qui ont aussi, rappelons-le, un aspect extrêmement maléfique (4). »

L’aspect bénéfique de la métallurgie est constamment relié par René Guénon aux Kabires et à leurs initiations :
« Les Kabires, (...) tout en étant aussi des forgerons, avaient un double aspect terrestre et céleste, les mettant en rapport à la fois avec les métaux et avec les planètes correspondantes.
(...) les influences métalliques, si on les prend par le côté « bénéfique » en les utilisant d’une façon vraiment « rituelle » au sens le plus complet de ce mot, sont susceptibles d’être « transmuées » et « sublimées », et elles peuvent même d’autant mieux devenir alors un « support » spirituel que ce qui est au niveau le plus bas correspond, par analogie inverse, à ce qui est au niveau le plus élevé (5) ; tout le symbolisme minéral de l’alchimie est en définitive fondé là-dessus, aussi bien que celui des anciennes initiations kabiriques. (6) »

D’une manière plus précise encore, notre maître indique que le simple fait que l’on trouve « quelque chose de semblable (...) pour les Kabires » montre bien que le symbolisme des « gardiens des trésors cachés » et celui des « forgerons travaillant dans le feu souterrain » est « susceptible de recevoir une application se référant à un ordre supérieur » (7).

Ces références aux Kabires et aux Mystères kabiriques, avec les transmutations et les « sublimations » qu’ils impliquent, permettent de rattacher la tradition impériale du Maître de l’Or à un symbolisme initiatique universel ; et de comprendre aussi comment elle peut être intégrée au sein de la Forme islamique totale dans la perspective eschatologique qui est celle du Cheikh al-Akbar.

3 – Voir supra, p. 117.
4 – Le Règne de la Quantité, chap. XXV : « Les fissures de la Grand Muraille ».
5 – C’est nous qui soulignons.
6  et 7 – Voir ibid., chap. XXII.

[...]

Mais qui donc étaient les Kabires ?
Dans le domaine d’expansion de l’hermétisme égyptien en direction du nord, ils étaient partout considérés comme les « fils du Dieu suprême ». Selon la mythologie phénicienne, ce dernier était appelé « Sydyk », nom ou qualification de la même racine que Tsedeq qui signifie « le Juste ».
Ceci indique que les Kabires représentaient une hiérarchie initiatique dépendant directement du Centre du Monde. On sait par ailleurs qu’ils étaient au nombre de sept, ce qui explique leur assimilation aux planètes, et qu’ils étaient associés au symbolisme du feu, aussi bien sous son aspect de lumière (céleste ou solaire) que son aspect de chaleur (terrestre ou souterrain).
Tantôt ils étaient dits « fils de Zeus », et tantôt « fils de Phtah » ou d’Héphaïstos. L’assimilation des Dioscures aux Kabires découle, quant à elle, du fait qu’ils étaient également considérés par les Anciens comme des « fils de Sydyk ».


Toutefois le point le plus important est qu’au septénaire ainsi constitué était également adjoint un huitième Kabire, dont la nature et la fonction sont particulièrement mystérieux. Rappelons que le huit est le nombre de l’équilibre, notion étroitement associée à celle de justice. Ajouté au nombre sept, il représente le monde terrestre ou corporel en tant que celui-ci procède directement du domaine de la manifestation subtile (19). Par là, il peut être considéré aussi comme étant le  nombre de la forme individuelle intégrale qui réalise la perfection de l’état humain. Huit apparaît ainsi comme un des symboles principaux de l’Empire ; c’est d’ailleurs pourquoi la semaine du Wagadu était composée de huit jours (20) [note : voir le chapitre en entier, passage non reproduit ici]

19 – Voir R. Guénon, remarques sur la production des nombres dans Mélanges. Le nombre 8 est le premier cube parfait, ce qui se rapporte à l’idée, également évoquée par René Guénon, de « limite de la manifestation de l’Etre ».
20 – Voir L’Empire de Ghana, p. 119. C’est l’islâm qui introduisit la semaine de sept jours chez les Soninké. Sur le rôle fondamental du nombre 8 dans les traditions africaines, voir M. Griaule, Dieu d’eau, en particulier les textes traitant des jumeaux et du commerce.

Cale dit, l’adjonction d’une unité au septénaire peut être entendue aussi dans un sens supérieur. Le huitième symbolise alors directement l’unité principielle et peut être envisagé comme la synthèse ou, à un autre point de vue, comme le maître des sept autres.

Selon Court de Gébelin, dont les indications sur ce sujet s ont très révélatrices (21), les Phéniciens nommaient le huitième Kabire « Es-munus » ou « As-clepius ». Le premier nom dérive d’une racine qui, dans plusieurs traditions proches-orientales, signifie « huit » (22) ; il désigne le « feu vivant et vivificateur » qui brille dans les ténèbres.
Le second désigne le fils d’Apollon, dieu de la médecine, qui « dans les « livres hermétiques », [...] devient le fils d’Hermès » » (23).
A propos de ce rattachement entre le huitième Kabire et Hermès, Court de Gébelin note qu’ils possèdent tous deux un symbole commun : « la Tête de Chien, qui les distinguait de tous les autres dieux ».


Et il ajoute cette note essentielle :
«  Asclepius, désigné par une tête de Chien, en aurait donc le nom : il serait composé des deux noms As ou Es et Caleb, Chien ; il signifierait le Chien étincelant de lumière ; et il serait la Canicule (24), qui faisait l’ouverture de l’année chez les Égyptiens. Ici la Canicule ou Sirius représenterait exactement le huitième Cabire [...]. Bientôt on le peignit avec un Chien à ses côtés ; il devint ainsi un Etre adonné à la chasse [...] ; ne soyons pas étonnés qu’on en ait fait un Chasseur. »

Il précise encore :
« Macrobe peint parfaitement l’idée que l’on avait d’Esculape et ses rapports avec le huitième Cabire, lorsqu’il dit qu’il est la Vertu Salutaire qui « descend du Soleil sur le corps des mortels, et qui les anime ».

21 – Voir Le Monde primitif, tome I, Allégories orientales, Histoire de Saturne ; ainsi que la thèse inédite de M. Christophe Allix, Pérennité et actualité du Serpent d’Hippocrate, p. 40 et 65.
22 – Des noms appartenant à des racines communes se retrouvent dans les langues sémitique, égyptienne, phénicienne et grecque, témoignant d’une certaine unité d’ordre ésotérique. En Egypte, Hermapolis (la ville d’Hermès) portait, en l’honneur de son Ogdoade sacrée, le nom égyptien de Khéménou (la ville des Huit) d’où est dérivé notamment le terme copte « Schmoun » ; voir G. Posener, Dictionnaire de la civilisation égyptienne, p. 196.
23 – Cf. Formes traditionnelles et cycles cosmiques, p. 135.
24 – Mot qui signifie « petit chien » en latin.

Ces passages relatifs au huitième Kabire donnent la clé qui permet de relier le symbolisme hermétique du Wagadu [note : voir le chapitre en entier, passage non reproduit ici] aux doctrines eschatologiques de l’ésotérisme chrétien et du  tasawwuf, ce que laissaient déjà entrevoir les idées de « centre caché aux regards » et de « trésors cachés ». 
Certes, on pourrait signaler ici que le chien est un des interdits principaux des Soninké qui ne peuvent, ni le tuer, ni a fortiori le manger ; et rappeler aussi l’importance des organisations initiatiques de chasseurs en Afrique occidentale.


Mais ce n’est pas là l’essentiel, qui réside plutôt dans la fonction éminente du Chien dans la tradition égyptienne : Anubis, le dieu à tête de chien, est (tout comme Hermès lui-même auquel cet animal est également associé) le dieu qui guide les âmes après la mort en vue de leur assurer une vie nouvelle (25), ce que René Guénon met en correspondance avec le « courant ascendant » figuré par le serpent guérisseur et vivificateur du Caducée (26). Cette signification est confirmée par l’aspect « céleste » du symbolisme du chien. 
En effet, l’apparition de la Constellation du Chien, et de Sirius qui est l’étoile du ciel la plus étincelante, annonçait pour les Egyptiens la crue du Nil qui, au début de l’été, revivifiait la « Terre noire » (al-Kêmî) qui n’est autre que l’Egypte elle-même (27).


25 – La « restauration de la vie » opérée par la médecine est une application terrestre de la même idée, ce qui explique la relation établie entre la « Tête de chien » et Esculape.
26 – C’est sa fonction de « psychopompe », mentionnée par René Guénon dans Hermès ainsi qu’au chapitre IV de La Grande Triade. Le « courant descendant » correspond, quant à lui, à celle de « Messager des dieux ».
27 – Dont le nom aurait désigné, pour les Grecs, « la citadelle contenant la force subtile de Phtah ».

 Si le lever héliaque de Sirius, coïncidant avec l’entrée du soleil dans le signe zodiacal du Lion, était l’axe de l’année égyptienne, c’est avant tout parce qu’il était lié à un symbolisme de « retour » et de « résurrection ». Le même symbolisme permet aussi de comprendre la raison pour laquelle, dans l’ésotérisme chrétien, l’histoire de la Caverne et des sept Dormants contient une référence aux initiations kabiriques. »

A suivre....


7 commentaires:

  1. Avez vous l'autorisation de l'Auteur (qui est toujours vivant et que l'on peut contacter facilement) pour partager ses textes au milieu de toutes vos élucubrations ? Soyez certaine qu'il vous désavoue énergiquement...

    RépondreSupprimer
  2. La vérité n'a pas de prix ni de propriétaire.

    RépondreSupprimer
  3. Vous n'avez pas compris… c'est fait… depuis longtemps…

    RépondreSupprimer
  4. Et vous cher françois, avez-vous l'autorisation de l'Auteur pour prétendre qu'il désavouerait cet initiative ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Maxime :-)

      Ce dont je suis au moins sure c'est que M. Gilis désavouerait un tel personnage qui prêchait déjà pour sa secte sur le Conspirateur et qui propose l'initiation par correspondance...!

      Mais je ne le publierai plus, c'est lui offrir une tribune...

      Supprimer